Texte : Changer le regard - Robert Riber


Regarder, c’est plus que voir. Dans le mot regarder, il y a le mot garder.
On garde une image de quelqu’un ; on garde le souvenir de quelqu’un.

Regarder, c’est mettre tout son être en action.
C’est se mettre à l’affût de l’autre, l’attendre, le guetter, le surprendre.
C’est lui donner toutes ses chances.
Un regard d’amour, c’est fou ce que ça peut changer une vie.
Un regard de haine, c’est fou aussi ce que ça peut détruire.

Un regard, c’est plus qu’une parole, plus qu’un discours.
Il est des regards qui vous éveillent. D’autres au contraire qui vous glacent.
Certains, quand ils vous regardent, vous ne savez plus où vous mettre,
ce ne sont pas des regards qui vous font vivre.

Il est aussi des regards distraits qui vous effleurent à peine,
qui vous voient sans vous regarder.

Mais il en est d’autres qui vous font naître, qui vous font être.
Ces regards-là ne vous jugent pas, ne vous possèdent pas.
Ils ont dans les prunelles comme des éclairs malicieux.
Ils vous disent, complices : « Mais vas-y, vas-y donc, n’aie pas peur ! »
Ces regards vous aident à être vous–même et plus que vous–même.
Ils vous aident à vous risquer au-delà de vous,
un peu comme le Regard de Dieu, un Dieu qui aime, un Dieu qui pardonne.

Notre regard devient alors à son tour, regard de bonté, de tendresse,
de pardon, après une bêtise ou un mot malheureux, un coup de gueule.
Et nous voilà réconciliés avec nous-mêmes, en paix avec les autres,
transformés à cause de l’autre.


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