Texte : Oser parler – Jeanne Signard

Entre ce que je pense,
ce que je ressens
et ce que je vais dire,
il y a le discernement de ce qu’il convient que je dise
dans le respect de moi-même et des autres.

Vais-je ouvrir, ou entrouvrir les barrières de mon jardin secret ?
N’en ai-je pas perdu les clefs ?
Si je "prends la parole" trop vite, là sur le chaud,
n’est-ce pas plutôt la parole qui va me prendre
et m’emporter au-delà ou à côté de ma pensée ?
Et avant de parler, vais-je trouver les mots pour le dire ?

Certaines personnes ne peuvent penser qu’en parlant.
On les appelle des verbomoteurs.
D'autres ne peuvent parler qu’après avoir donné forme à leur pensée.
Certains verbomoteurs feraient bien d’en profiter aussi
pour ajuster leur parole à leur pensée
et ainsi éviter les diarrhées verbales
qui trop souvent polluent la conversation
et confisquent tout le temps de parole.

Sans compter que ce manque de contrôle
peut laisser s’échapper une parole inconvenante
qui conduit souvent son auteur à s’en mordre les doigts.
Parfois nous aimerions pouvoir dire avec le psalmiste :
"Mes pensées n’ont pas franchi mes lèvres." (ps 16,3)

Citation  : Heureux l'homme - Raoul Follereau

Heureux l'homme
qui réunit dans un même combat
ses rêves d'enfant,
ses ambitions de jeunesse
et a volonté d'homme.
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Texte : Conte de la Création - Bruno Ferrero

Écureuil roux / European Red Squirrel
- Photo "Ecureil roux" de Jean-Jacques Boujot - 

Le septième jour, Dieu, ayant achevé la création, déclara que ce jour serait fête. Tous les êtres nouvellement créés décidèrent d’offrir à Dieu le plus beau cadeau qu’ils pourraient trouver.

Les écureuils apportèrent des noix et des noisettes, les lapins des carottes et des radis tendres, les brebis de la laine moelleuse et chaude, les vaches du lait mousseux et riche en crème…

Des milliards d’anges formèrent une couronne et chantèrent une sérénade céleste.

L’homme attendait son tour, préoccupé.  « Que pourrai-je bien lui offrir, moi ? Les fleurs ont leur parfum, les abeilles du miel, et même les éléphants ont proposé d’offrir à Dieu une douche pour la rafraîchir… »

L’homme s’était déplacé en bout de file et continuait à réfléchir. Toutes les créatures défilaient devant Dieu et déposaient leurs cadeaux.

Lorsqu’il ne resta plus que l’escargot, la tortue et ce fainéant de paresseux devant lui, l’homme fut pris de panique. Son tour arriva.

Alors, il fit ce qu’aucun animal n’avait osé faire. Il courut vers Dieu, sauta sur ses genoux, l’embrassa et dit : « Je t’aime ! »

La face de Dieu s’illumina, et toute la création comprit que c’était l’homme qui avait offert le plus beau des cadeaux. Elle explosa en un alléluia cosmique.

Texte : L'amour, une route - Michel Quoist

L'amour n'est pas tout fait.
Il se fait.
Il n'est pas robe ou costume prêt-à-porter,
mais il est pièce d'étoffe à tailler,
à monter et à coudre.
Il n'est pas appartement, livré clef en main,
mais il est maison à concevoir, à bâtir,
à entretenir, et souvent à réparer.
Il n'est pas sommet vaincu,
mais il est départ de la vallée,
escalades passionnantes,chutes dangereuses
dans le froid de la nuit
ou la chaleur du soleil éclatant.

Il n'est pas un solide ancrage au port du bonheur,
mais levée d'ancre et voyage en pleine mer,
dans la brise ou la tempête.
Il n'est pas un "oui" triomphant,
énorme point final qu'on écrit en musique,
au milieu des sourires et des bravos,
mais il est multitude de "oui" qui pointillent la vie,
parmi une multitude de "non"
qu'on efface en marchant.

Ainsi être fidèle vois-tu, ce n'est pas :
ne pas s'égarer, ne pas se battre, ne pas tomber,
c'est toujours se relever et toujours marcher.
C'est vouloir poursuivre jusqu'au bout
le projet ensemble préparé et librement décidé.
C'est faire confiance à l'autre
au-delà des ombres de la nuit.
C'est se soutenir mutuellement
au-delà des chutes et des blessures,
C'est avoir foi en l'Amour tout-puissant,
au-delà de l'amour.


Texte : La source de la vie - Bertrand Vergely

Tout être humain a des racines ontologiques
et pas seulement terrestres.
Il ne le comprend qu'en prenant conscience
que pour être lui même, il faut être, tout court.

"Etre" veut dire
que l'on accepte de recevoir en soi
la source de toute vie, dont la sienne,
en se laissant habiter par cette source.

Celle ci n'est pas seulement ce courant de vie
récapitulant toute l'évolution.
Elle va au delà de ce courant,
dans les profondeurs de l'origine,
qui relève d'un immense amour
pour la vie et les hommes.

La plongée en soi-même
révèle l'être des profondeurs.
En le faisant surgir,
elle fait monter une immense paix.
Pour soi, pour le monde.
Paix de savoir qu'existe une vie
plus profonde que les apparences.
Paix de se sentir vivre pour la première fois,
de découvrir que cette paix parle aux autres.
Comme si le monde l'attendait secrètement,
et s'il était heureux de pouvoir se dire :
"Enfin, un homme en paix."

C'est en appelant à exister la profondeur de soi
qu'on la fait apparaître.
Cela s'appelle prier ou méditer.
En se liant d'une façon fondamentale
à la vie fondamentale qui vit en soi,
on transforme non seulement sa vie,
mais le monde.

Texte : Les 3 730 puits – Jean Rodhain

Niger puits
- Photo "Niger puits" de Etrenard - 

Pour une conférence internationale sur les problèmes de l’eau, les Nations unies avaient demandé au Secours Catholique un bilan de ses Microréalisations ayant trait à ces problèmes de l’eau.

Il s’agit d’un énorme travail. De 1961 à 1976 notre programme "Micro réalisations" a totalisé plus de 3 730 puits creusés et aménagés. Imaginez une entreprise de travaux publics chargée d’un tel nombre de chantiers éparpillés du Sahel au Pérou, des Indes au Chili : d’excellents ingénieurs calculeraient l’outillage, le personnel, les capitaux, les bureaux d’études nécessaires pour mener à bien une pareille entreprise...

Or, en réalité ces 3 730 réalisations dépendent d'un minuscule et unique bureau avec un secrétariat réduit à l’essentiel. Tout se traite par lettres, contacts, explications, persuasions, rapports. C’est le maximum de réalisations avec le minimum d’équipement. Et voilà le premier étonnement devant cet énorme travail.

Mais en plus, il s’agit avant tout d’un travail éducatif. Les 3 730 dossiers concernant ces chantiers sont variés : il y a les puits pastoraux réservés aux troupeaux et les puits villageois destinés à la vie quotidienne. Mais ce qui domine dans cette documentation, c’est le souci des besoins locaux. Voici à titre d’exemple quelques extraits d’un rapport reçu en 1971 de la Haute-Volta :

« Avant d’entreprendre de creuser un puits, il faut absolument que les villageois le demandent. Alors, un sourcier se rend sur place pour tâcher de découvrir à la baguette les nappes d’eau souterraine. On questionne sur les anciens emplacements de puits éboulés, le pourquoi de leur éboulement. On interroge sur la quantité d’eau qu’on en retirait, sur le nombre de personnes qui buvaient. Si les puits ont tari, on demande quelle en fut la cause. Quelquefois les anciens hésitent ou répondent à côté des questions ou taisent les endroits exacts des anciens puits... Il s’agit de ne point heurter les mentalités».

« Il faut ensuite déjouer les intérêts contradictoires des divers quartiers de ce village ; chacun désire obtenir son puits devant sa cour... On cherche divers endroits d’eau probable. On doit alors obtenir qu’un seul endroit soit retenu et accepté comme valable pour tout le village ».

« On passe au second point : les anciens, les jeunes gens doivent engager leur parole, tous ensemble, cour par cour, qu’ils sont d’accord pour creuser et mener le travail à son résultat. Si cette palabre ne débouche pas sur une entente sans réticences, il vaut mieux surseoir jusqu'à plus ample informé. On marque simplement d’un caillou les divers endroits où il parait probable d’obtenir de l’eau et on attend »... « Si un village se décide et engage sa parole à creuser jusqu'au bout, reste à chercher à proximité les matériaux : gravier, sable, gravillons, cailloux...

Lorsque le village annonce que tout se trouve à pied d’œuvre, alors seulement les jeunes gens viennent se munir du matériel acheté grâce au Secours Catholique : tire-font, cordes, poulie, ciment, fer, buses, outils divers... On leur confie un âne, une charrette, à charge pour eux de s’en occuper pour transporter l’eau indispensable au béton... et ils iront parfois jusqu'à des dizaines de kilomètres quérir l’eau qui leur permettra à leur tour de buser leurs puits ».

« Un  puisatier est choisi localement ; il est nourri et logé par le village qui creuse le puits, devient l’animateur, et la rapidité du travail dépend beaucoup de son autorité naturelle. Les anciens, à l’ombre d’un hangar de paille, encouragent de leur présence. Les jeunes hommes ou jeunes gens creusent et le puisatier ne bétonne en descendant que les parois qui risqueraient de s’ébouler. Garçonnets, fillettes et jeunes filles approvisionnent en gravier, gravillons, cailloux et nourriture ; car la tâche s’avère rude ».

Ainsi l’histoire de ces milliers de puits est une histoire au ras du sol où chaque ligne est un geste exactement adapté à la vie quotidienne. On peut faire le bilan total des services rendus par l’eau à l’hygiène et à la santé de tant de villages. Mais il ne s’agit pas d’un tour de force technique. Il s’agit d’être attentif à des besoins précis ....

Au moment de présenter aux Nations unies le bilan de ces 3.730 puits, devant les dimensions singulières de ce travail, comment ne pas rappeler que le capital - énorme - ainsi accumulé pour ces Micro-réalisations a été réuni jour par jour par chaque don, même le plus petit... Ce sont vos envois fidèlement poursuivis qui ont permis ces chantiers, entrepris et poursuivis. Le Seigneur a promis qu’un seul verre d’eau ne resterait pas sans récompense. Alors ces eaux jaillissantes, elles seront finalement vos joies.

Citation : L'envie - Gustave Thibon

L’envie, ce vice mal avoué.
Tout le monde est envieux,
plus ou moins,
mais personne ne l’avoue
car c’est se reconnaître inférieur.
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Prière : Dieu n'a pas d'autres mains - Anonyme

Dieu n’a pas d’autres mains
que nos mains pour faire le bien.

 Dieu n’a pas d’autres yeux
que nos yeux pour regarder avec amitié.

Dieu n’a pas d’autre bouche
que notre bouche pour dire
les paroles de la réconciliation.

Dieu n’a pas d’autres oreilles
que nos oreilles pour écouter les plaintes.

Dieu n’a pas d’autres apôtres
que nous pour donner son royaume
aux hommes d'aujourd'hui.

Texte : Vous avez dit Souffrance ? - Etty Hillesum

Je sais comment libérer peu à peu
mes forces créatrices
des contingences matérielles,
de la représentation de la faim,
du froid et des périls.
Car le grand obstacle,
c’est toujours la représentation
et non la réalité.

La réalité, on la prend en charge
avec toute la souffrance,
toutes les difficultés qui s’y attachent,
on la prend en charge,
on la hisse sur ses épaules
et c’est en la portant
que l’on accroît son endurance.

Mais la représentation de la souffrance,
- qui n’est pas la souffrance,
car celle-ci est féconde
et peut vous rendre la vie précieuse –
il faut la briser.
Et en brisant ces représentations
qui emprisonnent la vie derrière leurs grilles,
on libère en soi-même la vie réelle
avec toutes ses forces,
et l’on devient capable
de supporter la souffrance réelle,
dans sa propre vie
et dans celle de l’humanité.

Citation : Oublier la mort - Jean Leonetti

Notre société a tellement peur de sa fragilité
qu'elle finit par l'oublier en oubliant la mort,
en effaçant les rituels, en effaçant le deuil.
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Texte : La foi - Xavier Grall

le voilier et le soleil couchant
- Photo "Le voilier et le soleil couchant" de Nadine P'tite nad 2A -

La foi est porte ouverte,
seuil franchi,
affranchissement,
bruit des pas sur la route,
bonne brise,
voilier filant aux îles.

Mes Divines,
la foi est aventure,
vent claquant,
souffle,
envolée de colombes,
voile gonflée.
Partez, partez,
au nom de Dieu.

Texte : Les questions - André-Marie

Nous n’aimons pas les questions
Encore moins les remises en question
Qui nous obligent à aller plus loin,
A quitter une situation pour migrer
Dans un lieu nouveau d’idées neuves.

Là, nous ne trouvons plus les repères
Qui nous permettaient de vivre
Sans questionnements, sans la peur
D'une remise en ordre de notre « ego »
Et de tout ce qui lui permet d’exercer
En nous la tyrannie de son pouvoir.

L’essentiel n’est pas la question.
Les enfants en posent sans cesse
Et jamais n’écoutent la réponse.
L’essentiel est d’être en questionnement.

Bible : Abondance - Saint Jean

Les yeux de la bonne humeur
- Photo "Les yeux de la bonne humeur" de Jean-François - 

Jésus dit :

Je suis venu pour qu’ils aient la vie,
et qu’ils l’aient en abondance.
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- Evangile de Jean 10,10 - 

Texte : Bonheur au quotidien - Anonyme

Elle aimait passionnément la vie
et semait son sourire constamment autour d'elle.

C'est qu'elle ne quittait jamais la maison
sans mettre une poignée de haricots dans sa poche.
Elle les prenait avec elle pour goûter
plus intensément les beaux moments de la vie.

Oui, pour chaque petite belle chose qui lui arrivait,
elle mettait un haricot de la poche droite
dans la poche gauche.

Par exemple,
une rencontre heureuse dans la rue,
un morceau de pain excellent,
un moment de calme,
le rire d’une personne,
un bon café,
le gazouillement d’un oiseau…
Tout ce qui touchait ou réjouissait son cœur !
Parfois, le même jour,
deux ou trois haricots changeaient de côté.

Puis chaque soir, assise dans sa maison,
elle comptait les haricots de la poche gauche.
Elle en faisait une vraie célébration !
Et elle revoyait, devant ses yeux,
toutes les belles choses
qu'elle avait rencontrées au cours de sa journée,
et ces souvenirs la réjouissaient à nouveau… 
Et même lorsqu'elle n'avait retrouvé qu'un seul haricot,
 la journée était bonne !

Texte : Les fleurs et le deuil - Christian Bobin

fleurs_juillet_2007_045
- Photo "fleurs_juillet_2007_045" de Leontonton33 -

Quand tu es morte, je suis devenu un drogué des fleurs.
J'en mettais partout dans ma maison.
Le monde, dont ta mort m'avait détaché,
tournait lentement comme une boule noire dans le noir
mais il y avait cette insolence colorée des fleurs,
ce démenti jaune, blanc, rouge, bleu, rose
au néant monocorde...

Le poing de marbre s'est retiré de ma poitrine.
Je suis revenu au monde
comme l'enfant presse son visage contre la vitre.
Le monde n'aime pas la mort.
Il n'aime pas non plus la vie.
Le monde n'aime que le monde.
Il a donc repris toute sa place.

Presque : je n'oublie pas
ce que m'ont dit les fleurs en ton absence.
Car j'ai fini par les entendre.
La vie est à peu près cent milliards de fois
plus belle que nous l'imaginons
- ou que nous la vivons.
Je vois la vigne vierge à la fenêtre.
Des souffles colorés traversent le pré
Les fleurs sont les premières gouttes de pluie de l'éternel.

Texte : Il y a les saints - Jacques Gauthier

Il y a les saints inconnus
qui sont connus de Dieu seul.

Il y a les saints du quotidien
qui ne sont d'aucun calendrier.

Il y a les saints anonymes
qui ne sont pas élevés sur les autels.

Il y a les saints du jour
pour ceux qui sont dans la nuit.

Il y a les saints de passage
pour ceux qui sont dans le désert.

Il y a les saints de coeur
pour ceux qui sont dans le désespoir.

Il y a les saints de parole
qui disent le Nom Divin.

Il y a les saints de silence
qui donnent la présence.

Il y a les saints de désir
qui enfantent l'autre.

Il y a les saints désencombrés
qui possèdent l'unique nécessaire.

Il y a les saints lumineux
qui brûlent de tout envahir.

Il y a les saints limpides
qui laissent chanter la source.

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