Texte : Comme si Dieu n'existait pas - Maxime Piolot

Pour oublier le temps qui passe,
le tourbillon de nos angoisses,
nous choisissons d'être frivoles,
heureux de suivre nos idoles,
Comme si Dieu n'existait pas.

La liberté nous est donnée,
comment ne pas la piétiner ?
Lequel de nous a-t-il chanté
le hasard, la nécessité,
Comme si Dieu n'existait pas ?

Pour avoir inventé l'amour,
nous poursuivons le rêve fou
de Prométhée, bonheur de feu,
nous nous croyons maître du jeu,
Comme si Dieu n'existait pas.

Quand vient la fin des illusions,
nous voilà seuls, nous frissonnons !
Quelle morsure de disparaître
et de ne plus jamais renaître,
Comme si Dieu n'existait pas.

Tu as rêvé d'humanité,
toi que j'admire à en pleurer,
tu t'es donné tu t'es battu
sans l'espérance d'un salut,
Comme si Dieu n'existait pas.

- Disque "Les Fruits du silence" -

Citation : L'intégrité - David Puttnam

L'intégrité est plus qu'un sentiment charmant
auquel, nous semble-t-il, nous devrions aspirer.
C'est le seul lien solide et durable
entre nous et le monde qui nous entoure.
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Citation - Partage bizarre - Philippe Geluck

Exchanging money
- Photo "Exchanging money" de Bindalfrodo -

La différence entre l'amour et l'argent,
c'est que si on partage son argent,
il diminue,
tandis que si on partage son amour,
il augmente.
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Texte : A un jeune de 20 ans - Hélie de Saint-Marc

Quand on a connu tout et le contraire de tout,
quand on a beaucoup vécu et qu’on est au soir de sa vie,
on est tenté de ne rien dire à un jeune de 20 ans,
sachant qu’à chaque génération suffit sa peine,
sachant aussi que la recherche, le doute et les remises en cause
font partie de la noblesse de l’existence.

Pourtant, je ne veux pas me dérober,
et à ce jeune interlocuteur, je répondrai ceci,
en me souvenant de ce qu’écrivait un auteur contemporain :
"Il ne faut pas s’installer dans sa vérité
et vouloir l’asséner comme une certitude, mais savoir l’offrir
en tremblant comme un mystère".

A mon jeune interlocuteur, je dirai donc que nous vivons
une période difficile où les bases de ce qu’on appelait la Morale
et qu’on appelle aujourd'hui l’Ethique,
sont remises constamment en cause,
en particulier dans les domaines du don de la vie,
de la manipulation de la vie, de l’interruption de la vie.

Dans ces domaines, de terribles questions nous attendent
dans les décennies à venir.
Oui, nous vivons une période difficile
où l’individualisme systématique,
le profit à n’importe quel prix, le matérialisme,
l’emportent sur les forces de l’esprit.

Oui, nous vivons une période difficile
où il est toujours question de droit et jamais de devoir
et où la responsabilité qui est l’once de tout destin,
tend à être occultée.

Mais je dirai à mon jeune interlocuteur que malgré tout cela,
il faut croire à la grandeur de l’aventure humaine.
Il faut savoir, jusqu'au dernier jour, jusqu'à la dernière heure,
rouler son propre rocher.
La vie est un combat le métier d’homme est un rude métier.
Ceux qui vivent sont ceux qui se battent.
Il faut savoir que rien n’est sûr, que rien n’est facile,
que rien n’est donné, que rien n’est gratuit.
Tout se conquiert, tout se mérite.
Si rien n’est sacrifié, rien n’est obtenu.

Je dirai à mon jeune interlocuteur que pour ma très modeste part,
je crois que la vie est un don de Dieu et qu’il faut savoir découvrir
au-delà de ce qui apparaît comme l’absurdité du monde,
une signification à notre existence.

Je lui dirai qu’il faut savoir trouver
à travers les difficultés et les épreuves,
cette générosité, cette noblesse,
cette miraculeuse et mystérieuse beauté éparse à travers le monde,
qu’il faut savoir découvrir ces étoiles,
qui nous guident où nous sommes plongés au plus profond de la nuit
et le tremblement sacré des choses invisibles.

Je lui dirai que tout homme est une exception,
qu’il a sa propre dignité et qu’il faut savoir respecter cette dignité.
Je lui dirai qu’envers et contre tous il faut croire à son pays et en son avenir.

Enfin, je lui dirai que de toutes les vertus,
la plus importante, parce qu’elle est la motrice de toutes les autres
et qu’elle est nécessaire à l’exercice des autres,
de toutes les vertus, la plus importante me paraît être
le courage, les courages, et surtout celui dont on ne parle pas
et qui consiste à être fidèle à ses rêves de jeunesse.
Et pratiquer ce courage, ces courages,
c’est peut-être cela « l’Honneur de Vivre ».


Citation : L'attention affectueuse - Jeanne Signard

L’attention affectueuse
et bienveillante des autres
nous est nécessaire
comme l’air que nous respirons
et le pain que nous mangeons.
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Texte : L'estropié du corps - Jean-Yves Ducourneau

Roue d'un fauteuil de sportif
- Photo "Roue de fauteil" de MPhotographe -

Quand je me regarde, je ne me vois plus
Mon corps n'est qu'un lambeau perdu
Mes chairs ouvertes ne sont que sang versé
Et tous mes os meurtris sont décharnés
Je rêve d'un autre et je ne suis que moi
Voguant de cris stridents en pauvre désarroi
Hurlant douleur épaisse et folle dépression
Quêtant le vide abstrait qui fait ma déraison.
Je ne suis rien qu'une larmoyante plainte
Noyant de sa folie ses larmes dans la crainte
De n'être plus jamais sur cette terre un homme
De n'être plus aimé, et désiré, en somme.

Toi qui du Ciel lointain sur moi te penches
Soutiens mes pas qui, sans toi, vacillent et flanchent
Empêche-moi de gémir et puis de tomber là
Dans le violent grand saut de mon triste trépas
Fais que je puisse encore sourire et vivre
Que j'écrive encore sur mon chemin "à suivre"
Avec comme plume une roue dans chaque main
Et mon fauteuil d'humilié pour tout nouveau refrain.
Assis je serai puisque debout je ne serai plus
Et puisque mon élan de gazelle a hélas disparu
Qu'en Toi, je marche dans la tête en tout spirituel
Et que s'approche de mon corps blessé, le Ciel.

Texte : Idées préconçues - Jacques Lusseyran

Nous passons notre temps à préférer les idées
que nous avons du monde, au monde même.
L'égoïsme n’est qu’une forme,
et très particulière, de cette préférence totale.

Ce qui m’empêche de lire dans la pensée d’autrui,
ce n’est pas le silence d’autrui, ou même ses mensonges.
C’est le bruit que je fais, dans ma tête, à son sujet.

Avant d’aller à lui, je calcule,
je pèse et contre-pèse les mérites et les torts,
je tire déjà ma conclusion.
Cette conclusion, je la crie dans mes propres oreilles.
Je m’enivre d’elle, je m’endors déjà sur elle.

Comment pourrais-je m’étonner ensuite de ne pas voir
cet homme que j’ai enseveli dans mon vacarme ?
Je me suis dressé dans mon armure d’habitudes,
dressé moi-même entre lui et moi.

Je vais donc me tromper, être trompé,
m’établir enfin dans ma solitude – une solitude hostile.
Ah ! L’artificielle misère,
et comme il serait plus simple de faire attention !
Comme cela nous rendrait heureux !

- Lu dans "Le monde commence aujourd'hui" -

Citation : Toc-Toc, Entrez ! - Patrick Gorce

Porte de bois
- Photo "Porte de bois" de Marie - 

Bien souvent Dieu frappe
à la porte de notre cœur,
mais il trouve parfois cet écriteau :
Absent pour cause de divertissement.
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Texte : On frappe... on frappe... - Paul Claudel

Qui a frappé ?
Il n'y a pas à s'y tromper, c'est celui qui vient
comme un voleur au milieu de la nuit,
celui dont il est écrit :
voici que l'époux vient,
sortez à sa rencontre !

Et nous écoutons, palpitants.
Peut-être ne frappera-t-on qu'une fois.
Peut-être se battra-t-il contre la porte toute la nuit,
comme parfois jusqu'au matin nous entendons
ce volet exaspérant
qui ne cesse d'arloquer et de battre.

Mais c'est un tel ennui de se lever
et de déclore cette vieille porte !
Elle est assujettie de deux verrous,
qui ne font qu'un
de ce qui est mobile et de ce qui est inerte :
l'un s'appelle mauvaise habitude
et l'autre mauvaise volonté.
Quant à la serrure, c'est notre secret personnel.
La clé est perdue.
Il faudrait de l'huile pour la faire marcher.

Et ensuite,
qu'est-ce qui arriverait si on ouvrait la porte ?
La nuit,
le grand vent primitif qui souffle sur les eaux,
quelqu'un qu'on ne voit pas
mais qui ne nous permettrait plus
d'être confortablement chez nous.

Esprit de Dieu, n'entrez pas,
je crains les courants d'air !


Citation : La paix - Bernadette Mélois

La paix n'est pas une valeur insaisissable
qui plane au dessus du monde,
elle est une décision
qui se prend à l'intime du cœur
et déborde sur chacune de nos pensées
et de nos actions.
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Cri de pauvre : Quand tout va mal - Michel, SDF

Thomas (Tomaso) is Homeless
- Photo "Tomaso is Homeless" de Franco Felini -

Souvent,
tout semble s'effondrer,
la charge devient
trop lourde à porter,
la bête humaine
refuse d'avancer.

Dans ces moments-là,
une énergie inespérée,
une idée qui s'impose,
une force accordée,
un prêtre offrant gîte,
couvert et soutien,
un ami rencontré,
à cet instant précis,
panse ma plaie
et rend à nouveau
la vie supportable...

Est-ce là le pur hasard ?
Je ne le crois pas.
Je ne suis pas croyant
au sens habituel du terme,
mais je sens
l'empreinte d'un Autre.

Texte : Recette de famille - Mouvement Rural de Jeunesse Chrétienne

Verser deux parents dans une terrine
puis ajoutery  quelques enfants.
Y verser avec délicatesse
les deux kilos d'amour.
Ajouter trois grands bols de confiance
et dix cuillères à soupe de liberté,
sans oublier une tasse de respect.

Faire fondre au bain-Marie
375 g de dialogue et de compréhension.
Tout en remuant,
ajouter deux louches d'écoute.
Monter en neige :
un soupçon de bonne humeur
avec un peu de dynamisme.
Mélanger le tout
avec deux sachets d'affection.

Beurrer votre moule
avec une noix d'autorité,
y verser la pâte.
Mettre au four pendant trente minutes.
Une fois votre gâteau familial cuit,
saupoudrez-le
d'une pincée d'argent de poche.
Garder bien au chaud.

Citation : Le développement - Jean-Baptiste Montini

Water is Life
- Photo "L'eau c'est la vie" de la Commission Européenne DG -

Le développement ne doit pas se réduire
à la simple croissance économique.
Pour être authentique,
il doit être intégral,
c’est-à-dire promouvoir tout homme
et tout l’homme.
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Texte : Le nombril - René Bourget

Elle me tracasse dit Dieu,
cette manie qu'ils ont tous
de se regarder le nombril
au lieu de regarder les autres.

Car j'ai fait les nombrils
sans trop y prêter attention,
un peu comme le tisserand
qui arrive à la dernière maille
et qui fait un nœud, comme ça,
pour que ça tienne,
à un endroit qui ne paraît pas trop...

En fait, j'étais content d'avoir fini.
Oui, de toute ma création,
dit Dieu, ce qui m'étonne le plus,
c'est tout le temps qu'ils mettent,
dès que ça va un peu mal,
à se regarder le nombril
au lieu de voir les difficultés des autres.

Si c'était à recommencer,
si je pouvais faire un rappel général,
si ce n'était pas trop
de remettre l'ouvrage sur le métier,
je leur placerais le nombril
en plein milieu du front.
Comme ça, dit Dieu,
ils seraient bien obligés
de regarder le nombril des autres !

Citation : Tendresse - Jacques Salomé

Nous avons l'âge de notre tendresse.
Notre usure n'est rien d'autre
que de l'amour inemployé.
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Texte : S'approcher du pauvre - Jean Vanier

TEMPLE MAN
- Photo "Temple man" de Alexandre Syrota -

Ceux qui s'approchent du pauvre
le font d'abord dans un désir de générosité,
pour l'aider et le secourir ;
ils se prennent pour des sauveurs
et souvent se mettent sur un piédestal.

Mais en touchant le pauvre,
en l'atteignant, en établissant
une relation aimante et confiante avec lui,
le mystère se dévoile.

Au cœur de l'insécurité du pauvre
il y a une présence...
C'est alors qu'ils découvrent
le sacrement du pauvre
et qu'ils touchent au mystère de la compassion.

Le pauvre semble briser
les barrières de la puissance,
de la richesse, de la capacité et de l'orgueil ;
il fait fondre ces carapaces
que le cœur humain met autour de lui
pour se protéger.

Le pauvre révèle Jésus-Christ.
Il fait découvrir à celui qui est venu pour 'l'aider',
sa propre pauvreté et sa propre vulnérabilité ;
il lui fait découvrir aussi sa capacité d'aimer,
les puissances aimantes de son cœur.

Le pauvre a un pouvoir mystérieux :
dans sa faiblesse, il devient capable
de toucher les cœurs endurcis
et de leur révéler les sources d'eau vive
cachées en eux.

C'est la toute petite main de l'enfant
dont on n'a pas peur
et qui se glisse à travers les barreaux
de notre prison d'égoïsme.
Il arrive à ouvrir la serrure. Il libère.
Et Dieu se cache dans l'enfant...

Texte : Donner ou garder ? - Adrien Candiard

Ce qui est partagé vit et grandit.
Ce qu’on garde pour soi est perdu.
C'est une logique très éloignée
de notre expérience quotidienne
où ce que nous donnons,
nous ne l’avons plus.

Cela est vrai, du moins
pour les choses matérielles,
la logique comptable de l’argent.

Mais notre erreur, c’est de croire
que tout fonctionne comme cela.
N’expérimentons-nous pas
qu’il en va autrement
pour les choses essentielles ?

La joie, l’amitié, l’amour, la confiance,
la foi en Dieu aussi,
grandissent quand ils sont partagés
et ne diminuent, précisément,
que lorsqu'on les garde pour soi ?

Citation : Vivre les événements - André Maurois

- Photo "Bonheur" de Musikhai -

Le bonheur n'est pas dans les événements
Il est dans le cœur de ceux qui les vivent.
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Texte : Quand Dieu créa la femme - Anonyme

Quand Dieu créa la femme, il en était déjà à son sixième jour de travail...
Un ange apparut et lui demanda : "Pourquoi y mets tu autant de temps ?"
Et le seigneur répondit : "Tu as vu mon projet pour elle ? Elle doit :
pouvoir fonctionner avec un régime quelconque
avoir un giron qui puisse accueillir 4 enfants en même temps
avoir un baiser qui puisse soigner aussi bien
une genou écorché qu'un coeur brisé
et elle fera le tout avec seulement deux mains."

L'ange s'émerveilla des qualités :
"Seulement deux mains, impossible !
Et c'est seulement le modèle de base ?
Oui, et elle se soigne toute seule quand elle est malade
et elle peut travailler 18 heures par jour".
Elle est délicate, mais je l'ai faite robuste aussi.
Tu n'as pas idée de ce qu'elle est capable de supporter ou d'obtenir."
L'ange demanda :"Est-ce qu'elle sera capable de penser ?"
Dieu lui répondit : "Non seulement elle sera capable de penser,
mais aussi de discuter et d'exécuter".

L'ange remarqua alors quelque chose et en allongeant la main,
il toucha la joue de la femme :
"Seingneur, il semble que cette femme ait une fuite."
"C'est une larme, ...corrigea le Seigneur.
"A quoi servent les larmes ?" demanda l'ange.
Et le Seigneur dit :
"Les larmes sont sa manière d'exprimer sa joie, sa peine,
sa désillusion, son amour, sa solitude, sa souffrance et son orgueil."
Ceci impressionna beaucoup l'ange :
"Tu es un génie, Seigneur. Tu as pensé à tout.
La femme est vraiment merveilleuse."

Eh oui ! Les femmes ont des énergies qui étonnent les hommes.
Elles affrontent les difficultés, règlent les problèmes graves,
cependant elles ont bonheur, amour et joie.
Elles sourient quand elles voudraient pleurer,
elles pleurent quand elles sont heureuses
et elles rient quand elles sont nerveuses.
Elles luttent pour ce en quoi elles croient.
Elles se rebellent contre l'injustice.
Elles n'acceptent pas un "non" pour réponse
quand elles croient qu'il y a une meilleure solution.

Elles se privent pour tenir la famille debout.
Elles vont chez le médecin avec une amie craintive.
Elles aiment inconditionnellement.
Elles pleurent quand leurs enfants ont du succès
et elles se réjouissent pour les chances de leurs amis.
Elles sont heureuses quand elles entendent parler de baptème ou d'un mariage.
Leur coeur se brise quand une amie meurt.
Elles souffrent pour la perte d'une personne chère.
Sans doute, elles sont fortes quand elles pensent ne plus avoir d'énergie.
Elles savent qu'un baiser et une embrassade peuvent aider à soigner un coeur brisé.

Il n'y a pas de doute, dans la femme, il y a un défaut :
C'est qu'elle oublie... combien elle est précieuse !

- Lu sur http://scrapmomo.canalblog.com -

Texte : La sacralité - Régis Debray

Qu’est-ce qu’une sacralité ?
C’est ce qui ne se marchande pas,
ne se négocie pas
et ce qui polarise la limaille
et fait d’un tas, un tout.

La sacralité,
c'est ce qui dépasse les hommes,
ce qui peut les unir.
Mais c’est aux hommes
de choisir ce qui les dépasse.

- Lu dans La Croix -


Texte ; Prendre la parole (2) – Jeanne Signard

Il nous arrive d’être réunis autour d’une table
pour échanger sur un sujet qui nous tient à cœur.
Un climat de confiance,
une complicité tissée au fil du quotidien,
le parti pris de valoriser les différences,
il n’en faut pas plus pour que chacun ose risquer sa parole.

Prendre la parole c’est sortir de chez soi,
aller vers les autres et frapper poliment
à la porte de leurs maisons intérieures.
Certaines portes restent fermées,
d’autres s’entrouvrent timidement...
 
Et si toutes nos maisons s’ouvraient toutes grandes
à toutes les paroles qui frappent à nos portes ?
Mais certains pensent qu’il est inutile d’ouvrir :  
« Je sais ce que tu vas dire »  
« On a déjà dit ça mille fois ».
Fichée et figée, votre parole revient vers vous
et se mue en silence.

Certaines portes restent fermées
parce que la maison est tellement encombrée
de vieux meubles impossibles à remuer
qu’il n’y a pas de place pour une pensée,
pour une parole un peu neuve ou originale :
" Tu crois que ça irait mieux si on faisait comme tu dis ? "
" Et puis ce n’est plus de notre âge ! "

Derrière d’autres portes intérieures
c’est le remue-ménage permanent des distractions,
des divagations qui s’entrechoquent
et rendent inaudible la parole
qui frappe à la parole maintenant.
Quelle surprise de s’entendre dire
quelques jours plus tard : « Tu n’as jamais dit ça ! »

Il y a aussi les maisons de ceux
qui sont plus préoccupés de ce qu’ils ont envie de dire,
que de s’ouvrir à la parole
qui frappe en ce moment à leur porte.
La peur de ne pas pouvoir imposer leur idée géniale
les rend tendus et agités.
Prêts à bondir, ils guettent la respiration de celui qui parle
pour l’interrompre au moment où il reprend son souffle !

Mais cette précipitation peut aussi cacher la peur,
dans l’attente insoutenable du moment
où il faudra sortir de chez soi
pour aller frapper à la porte des autres.

Notre parole frappe également à la porte
de ceux qui ont tendance à se sentir menacés
par toute parole étrangère à leur langue habituelle :  
« Je ne comprends pas ce que tu dis… »
Sous-entendu : Ce n’est pas ainsi qu’on pense
et qu’on parle dans notre « tribu » !

Et voici notre parole qui frappe à la porte
de ceux qui sont envahis  par leur désir
de n’entendre  que ce qui conforte leurs idées ;
ou au contraire,  de ceux qui ont tellement peur d’entendre
ce qui dérangerait leurs principes intangibles,
qu’ils croient sincèrement les avoir entendus.

Les uns comme les autres sont même sûrs
d’avoir entendu « ça » de votre bouche.
Vous avez beau protester :
« Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit ».
Rien à faire. Ils sont sûrs que vous l’avez dit.

Mais quand les portes de toutes nos maisons
s’ouvrent toutes grandes pour accueillir
toutes les paroles en quête d’une hospitalité bienveillante,
notre conversation devient un ballet de " visitations ".

Chaque parole est accueillie et traitée comme l’hôte,
tantôt qui reçoit, tantôt qui est reçu.
Elle est invitée à s’installer, à prendre ses aises.
Chacun fait visiter sa maison, son jardin intérieur
et fait cadeau de quelques graines
qui pourraient fleurir aussi dans d’autres jardins.
Ainsi, le printemps nous réservera d’agréables surprises.

Cri de pauvre : L'enfant du chômeur (3) - Claude Halmos

Video Game Violence (55 / 365)
- Photo "Video game violence" de Casey Fleser -

Il faut aider les gens
qui vivent cet invivable
à trouver quand même en eux
la force de le supporter.
Il en va du présent,
mais aussi de l’avenir.
Si l’on ne fait rien,
ces enfants devenus adultes
ne pourront que reproduire
la sauvagerie dans laquelle
on les a fait grandir,
en allant, par exemple,
incendier des cabines téléphoniques,
des voitures,
comme trop nombreux ils le font déjà.

Ce qui est grave car,
en commettant ces actes,
ils découvriront la jouissance
qu’il peut y avoir à détruire,
une jouissance dont ils auront ensuite
le plus grand mal à se détourner,
car elle leur donnera
l’illusion d’exister,
c’est-à-dire d’accéder
à un statut de sujet
que la société,
en leur refusant un travail,
une identité sociale,
leur aura toujours refusé.

Le premier pas à faire,
c’est de reconnaître leurs souffrances,
celles de leurs familles
et l’injustice de ces souffrances.

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