Citation : Mystère ? - Gustave Thibon

Plus une âme est éloignée du mystère originel,
plus elle est condamnée à se nourrir de chiffres :
l'inventaire remplace pour elle l'invention... 
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Texte : Dans les sous-marins - Stan Rougier

Autrefois, on mettait des petits lapins
dans les sous-marins,
et lorsque les petits lapins mouraient,
on savait qu’il fallait refaire surface.
On savait que l’oxygène
était en train de manquer :
bientôt l’équipage connaîtrait
le sort des petits lapins.

Aujourd'hui, devant tant de jeunes
qui se donnent la mort,
devant tant de jeunes
qui fuient la vie par la drogue
et s’enfoncent dans des comportements
de déprime : « Aimez- moi ou je meurs ! »,
ou de violence : « Aimez-moi ou je mords ! »,
demandons-nous si le sous-marin
de notre civilisation
n’aurait pas besoin de faire surface !

Texte : La parole aimante - Maurice Bellet.

La parole qui dit l'amour
n'est pas la parole qui en parle.
C'est la parole qui le donne.
Elle peut parler de tout autre chose.
Elle peut ne pas avoir l'air aimante.
Mais son fruit, pour qui l'écoute, est vie.
Voilà ce qui en signe la vérité.
On peut parler avec ses mains,
avec son regard,  avec son silence,
avec la simple présence.
Et même,  avec l'absence nécessaire.

Le vrai amour ne prend rien.
Il vous laisse même à votre solitude.
La bonne solitude où vous pouvez
aller par vous-même, indépendant.
Mais le vrai amour ne vous abandonne jamais.
Ainsi la parole aimante est-elle comme une demeure
Où nous pouvons habiter jusque dans l'errance.


Prière : Reste avec moi - Jules Beaulac

Il y a de ces matins de tendresse où tout,
les gens et les choses vous disent : "je t'aime..."
Il y a de ces midis de lumière
où la nature tout entière vous répète :
"c'est bon la vie..."
Il y a de ces soirées de beauté
où les étoiles elles-même vous murmurent :
"Tu n'en finiras jamais de t'émerveiller..."

On a l'impression de marcher
sur des tapis de velours,
de naviguer sur des eaux moirées
et de voler dans des ciels d'azur.
On se sent capable
de tenir l'univers dans ses bras,
d'abattre des forêts entières, de vivre mille vies.
C'est merveilleux !

Mais il y a aussi de ces nuits de grande noirceur
où l'on se répète sans cesse :
"Quand cela vat-til finir ?"
Il y a des hivers de tristesse où l'on si dit, comme Job :
"Périsse le jour où je suis né !"
Il y a de ces nuits de douleur
où l'on crie à s'époumonner :
"Je n'en peux plus !"

On a des noeuds dans l'estomac,
des questions sans réponses plein la tête,
des problèmes plein les bras.
On est sans espoir, sans élan, sans souffle.
On voudrait mourir.
On est las de traîner sa vie.
C'est terrible !

Aux jours de doux temps
comme aux jours de tempête,
"Reste avec nous !"
Pour la lumière, merci !
Que je ne t'oublie pas quand il fait beau
et que je ne t'accuse pas quand il fait mauvais.

Citation : La jeunesse - Douglas Mc Arthur

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- Photo "La joie" de Geralt - 

La jeunesse n’est pas
une période de la vie,
elle est un état d’esprit,
un effet de la volonté
une qualité de l’imagination,
une intensité émotive,
une victoire du courage
sur la timidité,
du goût de l’aventure
sur l’amour du confort.
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Texte : Partir... - Anselm Grün

Tout départ fait d'abord peur,
car l'ordre ancien, familier, doit être rompu.
Et tandis que je le romps,
je ne sais pas encore ce qui va m'advenir.
Cet inconnu suscite en moi
un sentiment d'angoisse.

En même temps, il y a dans le fait de partir,
de se remettre en route, une promesse,
la promesse du neuf,
du jamais vu, du jamais vécu.
Qui ne se remet pas constamment en route,
sa vie se sclérose.
Ce qui ne change pas vieillit
et devient étouffant.
Il y a en nous de nouvelles possibilités de vie,
qui veulent se faire jour.
Mais elles ne le peuvent
que si les schémas anciens sont défaits...

Nous ne cessons d'éprouver cette ambivalence.
Nous ne sommes pas satisfaits
de ce que nous vivons dans l'instant présent,
mais nous avons peur du départ,
de la rupture avec nos habitudes,
d'une révolution intérieure et extérieure.
Pourtant, nous ne connaîtrons la vie
que si nous sommes prêts
à nous remettre sans cesse en route...

Aujourd'hui, l'atmosphère générale
tend plutôt au renoncement résigné,
à l'apitoiement sur soi-même,
à la déprime, à la plainte.
On préfère déplorer
que tout soit tellement difficile
et que, c'est comme ça,
on ne peut rien y faire...

Rompre les barrages intérieurs.
Passer de la fermeture à la disponibilité.
Abandonner les vieilles habitudes
et les avoirs anciens.
Cela nous ouvre la possibilité de partir
vers de nouveaux modes de vie,
vers d'autres phases de notre existence.

Texte : L'amour - Maurice Zundel

fleur, iris sauvage, dans les calanques de Marseille
- Photo "Iris sauvage" de Jeanne Menj -

Est-ce que l'Amour s'impose ?
Est-ce que l'Amour peut contraindre ?
Menacer ?  ou punir ?  Non !
L'Amour ne peut que s'offrir.
L'Amour ne peut qu'attendre.

Et si l'Amour échoue
il continue à être l'Amour.
Il ne peut que mourir
pour celui qui refuse d'aimer.

Citation : Vanité artistique - Blaise Pascal

Quelle vanité que la peinture
qui attire l'admiration
par la ressemblance des choses,
dont on n'admire point
les originaux !
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Texte : Violence, sang et pauvreté - Jean Rodhain

Sur mon bureau, j'ai des photos atroces
d'une guerre atroce au Vietnam.
J'ai aussi des photos des massacres au Nigeria-Biafra.
Elles sont impubliables.
J'ai aussi un rapport sur la Palestine :
mes deux amis de la Croix-Rouge ...
sont à l'hôpital, criblés de balles…

Or, quand il y a un seul cas de variole,
on ferme les aérodromes
et on vaccine à tour de bras tous les passagers.
Danger d'épidémie.
Et la guerre - autant que la variole -
ne vous paraît-elle pas une épidémie
qui ne semble pas du tout se localiser ni s'atténuer ?

Chaque fois que la guerre avance,
qui est-ce qui recule ? C'est le développement.
Et chaque fois que des avions,
fournis à prix d'or par les pays confortables,
déversent des bombes sur un village,
qui est-ce qui paie ?
Ce sont encore les plus pauvres.

Dans les cinémas de mon quartier,
on passe trois nouveaux films.
Tous les trois font ruisseler
interminablement le sang sur l'écran :
ils ne détaillent que des crimes
commis pour l'argent.

La justice est muette.
La charité, elle, oblige à crier "casse-cou".
Quand un monde entier se prosterne devant l'or
et s'habitue à voir couler le sang,
il peut construire orgueilleusement un monde technique.
Mais alors, la Tour de Babel n'est pas loin.
La misère des pauvres criera justice.
Demain, il sera bien tard !

- Ecrit en 1986 -

Texte : Métamorphoses de vie - Christiane Singer

Ocean
- Photo "Océan" de Ouistitis - 

Dans "Les âges de la vie", j'ai tenté de montrer
ces métamorphoses de l'être au cours de la vie.
Il est évident que tout cela ne vaut
que si l'on a appris en cours d'existence, à mourir.

Et ces occasions nous sont données si souvent ;
toutes les crises, les séparations, et les maladies,
et toutes les formes, tout, tout, tout, tout
nous invite à apprendre et à laisser derrière nous.

La mort ne nous enlèvera
que ce que nous avons voulu posséder.
Elle n'a pas de prise sur le reste.
Et c'est dans ce dépouillement progressif
que se crée une liberté immense et un espace agrandi,
exactement ce qu'on n'avait pas soupçonné.

Moi j'ai une confiance immense dans le vieillissement,
parce que je dois à cette acceptation de vieillir
une ouverture qui est insoupçonnable
quand on n'a pas l'audace d'y rentrer.

Citation : De grandes choses - Charles Montesquieu

Pour faire de grandes choses,
il ne faut pas être un si grand génie,
il ne faut pas être au dessus des hommes,
il faut être avec eux.
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Texte : "La paix soit avec vous" - Jeanne Signard

Il y a des paix qui agacent parce qu’elles manquent de vérité :
tout le monde se tait pour éviter les « histoires ».

Il y a des paix qui sentent la démission généralisée :
pour être tranquille il vaut mieux dire et faire comme tout le monde.

Il y a des paix bâties sur un consensus mou, trop vite obtenu :
cela m’est égal. Je suis d’accord et on n’en parle plus !

Il y a des paix qui étouffent les désirs d’être soi :
il est plus confortable de se couler dans le moule commun.

Il y a des paix qui masquent la peur des autres :
surtout pas de vagues… Ne contrarier personne.

La paix véritable aborde sans peur les questions qui fâchent.
La paix véritable déteste les non-dits.
La paix véritable ne craint pas le conflit, elle le rend fécond.
La paix véritable s’habille de respect et d’écoute.
La paix véritable marie avec bonheur des points de vue différents.
La paix véritable a horreur du même et de la répétition.
La paix véritable invite les plus forts à baisser le ton.
La paix véritable permet d’entendre le chant des humbles.

La paix véritable se nourrit d’attention, de prévenance, de présence.
La paix véritable brise le silence têtu.
La paix véritable fait sa demeure en toute parole qui a goût de fraternité.
La paix véritable s’invite dès qu’on parle de réconciliation.
La paix véritable n’est pas celle des installés mais celle des dérangés.
La paix véritable est l’amie de la vie qui va, entre légèreté et gravité.
L'amie de la vie qui défie la mort !

Cri de pauvre : Solitude - Jacques Prévert

Il a mis le café dans la tasse.
Il a mis du lait dans la tasse à café.
Il a mis du sucre dans le café au lait.
Avec une cuillère il l'a tourné.
Il a bu du café.
Il a remis la tasse sans rien me dire.

Il a allumé une cigarette.
Il a fait des ronds avec la fumée.
Il a mis les cendres dans le cendrier
sans me parler, sans me regarder.

Il s'est levé.
Il a mis son chapeau sur la tête.
Il a mis son imperméable
parce qu'il pleuvait.
Et il est parti sans rien me dire
sans me regarder

Et moi, j'ai mis ma tête
entre mes mains
et j'ai pleuré.

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